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Depuis plusieurs années, la thématique de l’intégrité scientifique s’impose progressivement dans le monde académique : la quasi-totalité des établissements de l’ESR a signé la « Charte de déontologie des métiers de la recherche » en janvier 2015 ; depuis l’arrêté de mai 2016, les Ecoles doctorales sont tenues de donner aux doctorants une sensibilisation à l’éthique de la recherche et à l’intégrité scientifique ; à la suite du Rapport Corvol de juin 2016, l’OFIS a été créé en 2017 et le dispositif des référents à l’intégrité scientifique s’est étendu progressivement à presque tous les établissements ; et on ne compte plus les rapports, articles, colloques, séminaires et journées d’étude sur ces questions.

Si le Rapport de Pierre Corvol définit l’intégrité scientifique comme « la  conduite  intègre et honnête qui doit présider à toute recherche »[1], une circulaire du MESR du 15 mars 2017 précise que « l’intégrité scientifique (…) se comprend comme l’ensemble des règles et des valeurs qui doivent régir l’activité de recherche, pour en garantir le caractère honnête et scientifiquement rigoureux »[2], tandis que le Guide du COMETS élargit la perspective en rappelant que « l’intégrité scientifique signifie le refus de laisser les valeurs de la science se plier à des pressions financières, sociales ou politiques. Elle s’entend au regard d’obligations d’ordre épistémologique, qui diffèrent selon les disciplines scientifiques concernées. »[3].
Les pratiques de recherche personnelles, les règles définissant ces (bonnes) pratiques, le socle des valeurs fondamentales de la science : l’intégrité scientifique englobe ces trois dimensions et engage à repenser les manières de faire de la recherche. Sa montée en force s’explique avant tout comme l’une des réponses aux défis de la fraude scientifique et de l’explosion des « pratiques de recherche contestables » (« Questionable Research Practices »). La gravité des enjeux de ces méconduites scientifiques doit toujours être rappelée et peut se résumer à la question de la confiance. En effet, les divers manquements à l’intégrité scientifique ou à l’éthique de la recherche constituent autant de fissures dans les différentes formes de la confiance implicite, indispensable à la vie de la recherche : la confiance des chercheurs entre eux, celle des revues envers leurs auteurs et des auteurs envers les revues, celle des chercheurs envers leur institution (si celle-ci se montrait complaisante envers la fraude), enfin (et surtout !) la confiance du public et de la société envers la science.

Si l’intégrité scientifique touche à tous les aspects du travail des chercheurs, aux pratiques scientifiques au cœur de chaque discipline (que ce soit le travail sur la paillasse, la collecte et la production des données, le travail d’écriture, etc.), elle met en jeu également la publication et l’évaluation scientifiques. Et à ce titre, elle comporte une dimension essentielle qui interpelle fortement l’IST et ses acteurs.

Cette 7ème journée nationale d’étude du Réseau des URFIST sera donc consacrée à développer, autant que faire se peut, une « approche IST » de l’intégrité scientifique, à examiner, dans cette thématique singulièrement vaste, les composants qui touchent plus particulièrement deux des piliers de l’information scientifique et technique : l’écosystème de la publication scientifique d’une part, l’évaluation de la recherche et la bibliométrie d’autre part.

La journée d’étude sera ainsi articulée autour de trois grands axes et tâchera d’aborder, à défaut de pouvoir toujours y répondre, les questions suivantes :

  • L’intégrité scientifique dans l’écosystème de la publication scientifique :
    • les principales fraudes et méconduites scientifiques relevées dans l’ensemble du processus de publication : dans l’écriture des articles, les conflits de signatures, le salami slicing, les conflits d’intérêt dans le reviewing… ;
    • la responsabilité des revues scientifiques dans la publication d’articles frauduleux ou peu rigoureux, les rétractations, le phénomène des éditeurs prédateurs (fonctionnement, réalité, enjeux, effets…) ;
    • les enjeux de la publication des jeux de données et de la reproductibilité des résultats ;
    • qu’appelle-t-on l’éthique des publications, les bonnes pratiques ? Quelles sont les règles de signature, les politiques mises en place dans les revues pour développer l’éthique de la publication et l’intégrité scientifique, le COPE (Committee On Publication Ethics), les chartes éthiques, la publication des jeux de données, la science ouverte, etc.) ?
    • Des témoignages et des expériences en SHS et en STM viendront illustrer la diversité de ces réalités et situations, parfois très complexes.
  • Intégrité scientifique, évaluation de la recherche et écosystème économique de la publication :
    • quelle est la responsabilité de l’écosystème de l’évaluation scientifique dans le phénomène actuel de la fraude scientifique ? la pression du publish or perish, les dérives de la bibliométrie, l’approche purement quantitative de l’évaluation, etc. ; les indicateurs alternatifs, ceux des réseaux sociaux ; les « indicateurs prédateurs »
  • le contexte et les facteurs économiques : concurrence des labos, mécanismes d’incitation et de financements, modèle économique de la science et leur rôle dans le phénomène de la fraude et des méconduites scientifiques ;
    • quelles sont les solutions possibles ? la « slow science », la science ouverte, de nouveaux critères d’évaluation qualitatifs.
  • Intégrité scientifique et métiers de l’IST :
  • quel positionnement des praticiens de l’IST (chercheurs, bibliothécaires, documentalistes, personnels de soutien à la recherche, formateurs et autres experts de l’IST…) dans la thématique de l’intégrité scientifique ?
  • comment développer la formation, le conseil, l’expertise, le soutien à l’ouverture des données de recherche et à l’open access, la recherche sur l’intégrité scientifique… ?

[1]              Corvol, Pierre. « Bilan et propositions de mise en œuvre de la charte nationale d’intégrité scientifique ». Paris: Secrétariat d’Etat chargé de  l’Enseignement supérieur et de la Recherche, juin 2016. http://cache.media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/Actus/84/2/Rapport_Corvol_29-06-2016_601842.pdf

[2]              Circulaire du MESR n° 2017-040 du 15-3-2017

[3]              Comité d’éthique du CNRS. « Pratiquer une recherche intègre et responsable ». Paris: CNRS, mars 2017. http://www.cnrs.fr/comets/IMG/pdf/guide2017-fr-2.pdf.

 

Programme

Matinée : 9 h 30 – 12 h 30

  • 9 h 30 – 9 h 45  :
    • Accueil de la Journée d’étude par Isabelle Rivoal, Vice-Présidente Documentation Université Paris-Nanterre
    • Ouverture de la journée par Marc Bergère, Président du Conseil des Partenaires du GIS Réseau des URFIST, Vice-Président Documentation Université Rennes 2
    • Présentation de la journée par Alexandre Serres et Manuel Durand-Barthez
  • 9 h 45 – 10 h :
    • Joëlle Alnot, Directrice de l’OFIS : L’Office Français de l’Intégrité Scientifique : missions et mise en œuvre
      Créé en 2017 à la suite du rapport Corvol de 2016, l’Office Français de l’Intégrité Scientifique est une structure nationale dont les missions générales ont été définies en trois grands volets : plateforme de réflexion, observatoire, contribution à l’animation nationale.
      L’OFIS s’est doté d’une équipe opérationnelle depuis avril 2018, et d’un conseil supervisant ses travaux. Ses orientations stratégiques ont récemment été proposées (23 octobre 2018) lors de la 2nde réunion de la Conférence des signataires de la charte nationale de déontologie des métiers de la recherche : 18 actions-phares sont retenues, structurées autour de 6 grandes thématiques.
      Ces orientations visent à mettre en œuvre une politique nationale face à des enjeux cruciaux, concernant tant l’harmonisation des procédures, que la mise en place de dispositifs de prévention en matière d’intégrité scientifique, dans un contexte où la communauté scientifique est confrontée à des avancées technologiques et à de nouveaux champs de recherche qui transforment notablement les objets et méthodes de la recherche.
  • 10 h – 10 h 40 :
    • Claude Forest, Directeur de recherche INSERM : Panorama de la fraude et de l’intégrité scientifique dans les revues scientifique
      Cette conférence s’attache à tenter d’expliquer les causes et les conséquences des manquements à l’intégrité scientifique. Il s’agit de réflexions sur la façon dont le système actuel d’évaluation de la recherche – et donc des chercheurs – peut parfois conduire à des inconduites scientifiques, voire à la fraude. L’expertise prenant en compte de façon prépondérante la quantité et la qualité des articles issus de la recherche, le processus de publication de ces articles est détaillé. Quelques-uns des mécanismes d’embellissement des données, leur falsification ou leur fabrication sont analysés. Les conséquences individuelles et collectives pour la recherche et la société, allant potentiellement de la mise en danger de malades à un gaspillage important de l’argent public ou privé, sont décrites.
  • 10 h 40 – 10 h 55 :
    • Arnaud  de la Blanchardière, Docteur au CHU de Caen : Témoignage sur les pratiques des éditeurs prédateurs
  • 10 h 55 – 11 h 15 : pause café
  • 11 h 15 – 12 h 30 : Table ronde sur l’intégrité scientifique dans les revues, avec :

    • Boris Barbour, responsable de PubPeer
    • Xavier Coumoul,  « Editor » de Biochimie Open
    • Hélène Skrzypniak, URFIST de Bordeaux, spécialiste du droit d’auteur
    • Rémi Thomasson, Co-fondateur de la revue « Negative Results »
    • Jacques Walter, Co-directeur de la revue Questions de communication 
    • Animatrice : Annaïg Mahé, URFIST de Paris

Après-Midi : 14 h – 17 h

  • 14 h – 14 h 30 :
    • Jacques Haiech, Professeur Université de Strasbourg : L’écosystème de l’évaluation de la recherche et ses responsabilités dans la fraude scientifique
      Nous aborderons trois aspects de l’écosystème de l’évaluation de la recherche dans cette conférence et leurs conséquences sur l’évolution de la communauté scientifique :

      • L’évaluation de la recherche tant par les organismes d’évaluation ou par les comités éditoriaux induit une pression de sélection sur le chercheur en tant qu’individu. Pour échapper aux conséquences de cette pression de sélection, les inconduites scientifiques peuvent être vécues comme des stratégies de survie dans un monde où il faut « publier ou périr ».
      • La notoriété est un des critères qui mesure le niveau de productivité d’un chercheur (un des critères de l’HCERES). A l’heure des réseaux sociaux, cette notoriété devenue une E-réputation n’est plus seulement évaluée par les pairs mais aussi par une communauté plus large. Nous essayerons de montrer que dans cet écosystème, un couple proie-prédateur s’est mis en place (chercheurs versus médiateurs scientifiques). Quand un déséquilibre existe dans ce couple, on assiste à des comportements pathologiques (manquements à l’intégrité scientifique et/ou à l’éthique).

      Le financement des laboratoires de recherche par le système d’appel à projet constitue une évaluation à priori. Nous montrerons qu’elle s’apparente à une forme de domestication de l’homme par l’homme. Cela conduit à une perte de créativité et d’autonomie des chercheurs et à une normalisation de la recherche

  • 14 h 30 – 15 h 15 :
    • Catherine Tessier, Maître de recherche, Référente intégrité scientifique et éthique de la recherche de l’ONERA :  Éthique et intégrité scientifique
      Si éthique de la recherche et intégrité scientifique répondent à des définitions distinctes, comme énoncées par exemple dans le rapport Corvol, les deux notions ne sont pas imperméables. En effet un positionnement éthique peut interroger l’intégrité scientifique et réciproquement, un sujet d’intégrité scientifique peut mener à une réflexion éthique. Nous illustrerons ces interdépendances avec quelques exemples et montrerons que l’intégrité scientifique ne peut se limiter à l’énoncé de principes qui « ne se discute[nt] pas ».

  • 15 h 15 – 15 h 30 : pause
  • 15 h 30 – 17 h : Table ronde sur Intégrité scientifique et IST
    • Pascal Aventurier, responsable IST, Mission Culture Scientifique et Technique, IRD
    • Ghislaine Filliatreau, Directrice de recherche à l’INSERM, Déléguée à l’Intégrité scientifique à l’INSERM
    • Sabrina Granger, URFIST de Bordeaux
    • Christèle Hervé, SCD Université de Tours
    • Paul Indelicato, Conseiller Recherche à la CPU
    • Animation de la table ronde : Manuel Durand-Barthez, URFIST de Paris, Alexandre Serres, URFIST de Rennes, Référent intégrité scientifique de Rennes 2

Intervenants

Conférenciers du matin :

Intervenants de la table ronde du matin :

Animation de la table ronde : Annaïg Mahé, Maître de conférences, URFIST de Paris

Conférenciers de l’après-midi :

  • Jacques Haiech :
    • Professeur Université de Strasbourg, délégué scientifique AERES de 2009 à 2013 et membre du groupe de travail sur l’évaluation des unités multidisciplinaires
  • Catherine Tessier :
    • Maître de Recherches 2, ingénieur expert, Département DTIS (Traitement de l’Information et Système, ONERA, Toulouse
    • Référente intégrité scientifique et éthique de la recherche de l’ONERA
    • https://www.onera.fr/staff/catherine-tessier

Intervenants de la table ronde de l’après-midi :

  • Sabrina Granger :
  • Paul Indelicato :
    • Conseiller recherche à la CPU
    • Directeur de Recherche au CNRS (CE), Laboratoire Kastler Brossel
    • Ancien Directeur adjoint de Cabinet de Thierry Mandon, Secrétariat d’État à l’Enseignement Supérieur et à la Recherche, chargé de la recherche
    • Page personnelle : http://www.lkb.upmc.fr/metrologysimplesystems/paul-indelicato/

Animation de la table ronde : Manuel Durand-Barthez, ancien co-responsable de l’URFIST de Paris, Alexandre Serres, ancien co-responsable de l’URFIST de Rennes, Référent intégrité scientifique de l’université Rennes 2